My sculptures are tools for any individuality, behaviour, to reclaim sculptural and spatial forms through bodily experiments. They are micro-architectures as they invite bodies to physically interact with them ; as they borrow standardised construction laws. Imperceptible realities are shown in a tangible way. Those architectural, spatial, but also cultural and normative datas are enlightened as much as they are distorted, showing how they condition and dominate our approach to people and environments insidiously.

I aim to reintroduce structures and materials removed from their circuit of use, from domesticad and urbanized environments. I started to work with ornamentation as extract from decorative element of classical greco-roman style.  My transcription process isolates and enlarges generic ornaments giving them autonomy stripped from any context. They acquire their own (dys)functionality. They are no longer reduced to their aesthetic, historical value, and embody a meaningful symbolism. The anachronistic dimension of forms tends to create interfaces that desecrate architectural orders. I want to reveal normative aesthetic codes which spread across centuries, in parallel with injonctions which neglect bodies, identities. It is a question of revealing the formal grid, but also the social and even political structures which shape our objects and organize our lifestyles.

By manipulating it, it’s the body’s turn to besiege this ruin of domination. The domination that slips into the constraining forms is tamed and the balance of power is overturned. This reappropriation of these objects and spaces is a pretext to talk about the treatment of designed heritage, mostly stemming from an exclusive society. The shape of my test-instruments suggests travel : they can be seen as imaginary displacement engines. The body, object of the experiment, is always placed as a reference. Ornaments are cut in pieces allowing multiple movable positions, adapting to various intended uses or interactions.The sculptures acquire an awareness of themselves as a meaningful ornamental form but also as an object ready for engagement. Deconstruction is at the heart of my process figuratively in the social and historical scope ; concretely in their unstructured silhouette.




 

Paola Siri Renard envisage ses objets, sculptures et installations comme des « micros architectures ». Leur dimension implique leur appréhension par le geste et l’action développés dans le temps : le corps s’y confronte. Par leur forme, elles rappellent des références mathématiques : les axes x, y, et z notamment forcent au déséquilibre en même temps qu’ils définissent l’espace dans lequel nous évoluons - l’inclinaison de 15° est le déséquilibre maximal auquel un corps peut résister à la chute. L’inconfort, la tension et le réflexe viennent alors nous mettre à l’épreuve.

Son travail induit un système de rapports entre forme, matière, architecture et espace, matérialisant des lois de réduction, agrandissement, transposition, inclinaison, circulation qui placent toujours le corps en sujet de l’expérience. Dans cet univers en partie régi par le vide, la notion de gravité et les points de contact sont essentiels. Le volume lui-même devient instrument-test, force physique qui s’appréhende par sa périphérie : se mouvoir autour de ces sculptures, tenter de les circonscrire et quantifier l’invisible.


Que représentent les « données abstraites » qui constituent la base de ton travail ?

Les données abstraites sont les systèmes de mesures physiques arbitraires qui conditionnent notre approche au monde en terme d’appréhension des corps à l’espace. Ces bases rationnelles immuables sont nécessaires à une réalité vivable et c’est cela que je tente de transcrire et de matérialiser afin de soulever des questions non résolues quant à ces réalités. Ces données régissent des événements significatifs, des mouvements insaisissables, elles sont matière à manipuler de façon tangible une abstraction.


Pourrait-on dire que par leur invitation à être activées, testées, challengées, tes sculptures constituent presque des « événements » ?

C’est dans l’appréhension sensorielle directe que s’induit un rapport de force entre les différentes matérialités corporelles et sculpturales. L’action et son geste confèrent une temporalité à l’objet, voire son accomplissement. Il s’agit d’explorer le corps réel - son empreinte, son mouvement, ses limites - comme outil de relation indéniable à la sculpture. Souvent, de multiples positionnements distincts fusionnent en une sculpture-objet, une qualité d’instabilité et de semi-permanence qui ne peut être éprouvée que par l’acte immédiat de s’y confronter.


FELICITÀ 18, exhibition catalog, interview by Elisa Rigoulet, Beaux-Arts de Paris Les Éditions, Paris, June 2018